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(Echanges. Contribution J-F C. Janvier 2005)

« Les nouveaux penseurs de l’islam ».



Annexe 3.

Fiche Fazlur Rahman.





La personne.


Savant pakistanais, né en 1919.

Ses parents, croyants, à la fois érudits, traditionnels et ouverts (pour son père la modernité était une opportunité, pas un poison), prennent le plus grand soin de sa formation religieuse. A 10 ans il connaît par cœur l’intégralité du Coran.

Maîtrise d’arabe (il parle par ailleurs couramment une demi douzaine de langues), doctorat en philosophie, connaissance approfondie de l’islam traditionnel. Etudes à Lahore, puis en Angleterre, où il enseigne, se livre à la recherche et écrit dans le domaine qui l’intéresse - plus que la philosophie pure, c’est la pensée religieuse.

Retour au Pakistan en 1961, où il est conseiller du Président. Dans cette fonction il rencontre une opposition grandissante des oulémas conservateurs, finalement telle que, sa vie étant en danger, il est conduit à s’exiler (1968) aux USA, où il enseigne (Los Angeles, Chicago) et continue à approfondir sa réflexion sur la place de l’islam dans le monde actuel, thème sur lequel il publie des écrits importants.

Il meurt en 1988, laissant aux Etats-Unis une trace profonde, due à ses œuvres, mais aussi à son tempérament doux et aimable.


La pensée.


Fazlur Rahman a été toujours profondément préoccupé par la question de la modernité :

- Comment l’islam, en tant qu’héritage à la fois religieux, culturel, éthique et politique, peut-il « prendre en charge » un monde en changement permanent (ou « faire avec »)?

- Comment ne pas perdre son âme au travers des adaptations que les dits changements semblent imposer à toutes les sociétés du monde ?

- Comment tirer parti des acquis de la science et de la technologie sans qu’il en résulte un désastre pour la culture et les valeurs ?

- Comment réunir le présent au passé et maintenir entre eux une nécessaire continuité ?

Rappelant que les premiers savants de l’islam et les premiers dirigeants de la communauté faisaient preuve de liberté et d’ingéniosité pour interpréter et mettre en pratique le Coran, il en appelait avec insistance au rétablissement de la liberté de raisonnement et d’interprétation.

Son approche du Coran est étayée sur deux certitudes :

- La première : le Coran doit être vu comme un tout cohérent et non de façon parcellisée, c’est à dire en en  isolant les versets.

- La seconde : le Coran est un livre d’éthique et de guidance, pas un ouvrage de droit.

Pour le comprendre, il conseille de le regarder toujours en rapport avec son contexte chronologique.
Le Coran a été révélé en effet en réponse à des situations historiques déterminées, celles du temps de Mahomet. Les données nécessaire à cette compréhension :

- Une bonne connaissance de la langue arabe et de la littérature dans les temps du Prophète.

- La connaissance des circonstances de la révélation.

- La connaissance des versets abrogés et des versets abrogeants (à considérer avec l’approche chronologique).

- La connaissance des versets d’application générale et celle des versets répondant à des situations particulières.

Pour lui, seule la signification du Coran est « normative», c'est-à-dire constitue une référence permanente, immuable, universelle. Elle doit faire l’objet d’une recherche permanente.
Les interprétations que l’on en fait, elles, ne peuvent pas être normatives. Elles relèvent en effet du contexte de leur époque, auquel elles doivent être adaptées. Ainsi en est-il par exemple de l’éthique : le Coran donne des directives générales, non des règles spécifiques. Il appartient aux époques successives d’expliciter celles-ci en fonction des réalités qui se font jour.

Dans son approche du Coran, Falzur Rahman prend en compte la subjectivité du Prophète, sur laquelle il s’interroge longuement : comment la Parole de Dieu a-t-elle pu lui être communiquée ? Est-il possible que la Parole de Dieu puisse être entendue et véhiculée par une créature humaine ? Comment l’esprit du Prophète a-t-il pu entrer en contact avec un ensemble de mots d’origine divine et éternelle ?

Il affirme :
« Le Coran que nous entendons, lisons ou voyons n’est pas la Parole de Dieu ! »
C’est le message du Prophète, un « effet » de la Parole de Dieu (tout comme les autres livres révélés).

Toujours selon lui, le Prophète a reçu le Livre sous forme « d’impression » dans son cœur, une impression « indélébile », mais pas comme une dictée. Il en a rendu compte sur 23 ans, avec ses mots, son style, sa culture, en bref son moule.
Certes, l’orthodoxie musulmane affirme que la Parole n’est pas venue au Prophète seulement à la manière d’une inspiration globale, mais que les mots même du Coran lui ont été révélés. Mais Falzur Rahman ne voit pas là contradiction : le processus de la révélation s’étant entièrement passé à l’intérieur de l’esprit du Prophète, on peut dire que c’est aussi la parole du Prophète …

Pour lui, l’élan qui est à la base du Coran est éthique.
« La Loi morale est immuable ; elle est « commandement » de Dieu, que l’homme ne peut accomplir ou non à son gré. Il doit s’y soumettre … ».

La loi morale, les valeurs religieuses, la Parole sont expression de Dieu, révélation de Dieu Lui-même.
Il ne s’agit pas d’options possibles.




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